Le temps passe ... inexorablement !

Publié le par Nikit@

 Le-Lac-LAmartine.jpg

 Le lac

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur
l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?

Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! je viens
seul m'asseoir sur cette pierre
tu la vis s'asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes ;
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés ;
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur
ses pieds adorés.

Un soir, t'en souvient-il ? Nous voguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des
rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos,
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa
tomber ces mots :

«
Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices,
Suspendez votre cours !
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

«Assez de
malheureux ici-bas vous implorent ;
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

« Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : «Sois plus
lente» ; et l'aurore
Va dissiper la nuit.

«Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a
point de port, le temps n'a point de rive ;
Il coule, et nous passons

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Hé quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ? Quoi ! tout entiers perdus ?
Ce temps qui les donna, ce
temps qui les efface
Ne nous les rendra plus?

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Ô lac ! rochers muets ! Grottes ! forêt obscure !
Vous
que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins
le souvenir !

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux !

Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés !

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit et l'on respire,
Tout dise : «Ils ont aimé !»

Lamartine (1790-1869)

 

le-temps-qui-passe-copie-1 

Participation au Concours de Chrys

 "Autour du Temps"

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(Jusqu'au Samedi 30 Octobre)

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Publié dans Citations

Commenter cet article

Mademoiselle S - La vie de Brioche 28/10/2010 14:41



Voilà un poème tout à fait de circonstance, selon moi, l'automne est la saison qui se prête à merveille, à de si jolis mots.


;-)



Nikit@ 29/10/2010 23:40



Je suis absolument d'accord avec toi  Bisous MademoiselleS



Cistu 27/10/2010 22:43



Finalement inspirée par ton article, je participe aussi bénévolement !



Nikit@ 27/10/2010 23:47



Je viens de lire ton billet et je te dis Bravo  Bisou Cistu



Euréka 27/10/2010 22:30



tes billets ont le dont de me faire voyager dans le temps...



Nikit@ 27/10/2010 23:47



Je constate avec grand plaisir, que ce poème évoque, chez certaines, des souvenirs ... et de ce fait, un petit voyage dans le temps (qui passe) ... J'espère continuer à te faire voyager dans le
temps et au fil des mes billets  Bisou Euréka et @ très bientôt !



Cistu 27/10/2010 21:09



CARPE DIEM !!!!


Je relis ce poème, cette prière, lue dans ma folle jeunesse lycéene qui m'avait alors transportée... Mais ces vers prennent aujourd'hui une tout autre dimension...


OUI, Temps, suspens ton vol..... de mes enfants tout jeunes, laisse-moi profiter,


Emerveillée, heureuse, insouciante de tes heures,


Profiter jalousement de ce bonheur d'aimer !!!!!!!!!!!!!


MERCI, CHERE NIKITA, DE CE SAVOUREUX MOMENT DE POESIE ....


 


 



Nikit@ 27/10/2010 23:42



Contente, une fois de plus, de partager et d'échanger  ... C'est un réel plaisir de vous faire plaisir  et merci à toi Cistu ! Bisou



Le Journal de Chrys 27/10/2010 18:03



Je suis très heureuse de relire ce poème de Lamartine car il me rappelle un travail de lecture que mon fils avait dû faire (en 3ème ou en seconde), il devait le lire, l'enregistrer avec une
musique de son choix, j'avais vraiment aimé!!! C'était il y a quelques années! Le temps passe.....


 


Merci beaucoup d'avoir, en participant, éveillé ce souvenir!!!!


Bonne soirée!!!!



Nikit@ 27/10/2010 23:40



Contente d'avoir (en participant) éveillé ce souvenir ... Le temps passe mais on se souvient ...  Se fut un
plaisir de participer à ton concours. Merci et @ bientôt Chrys.



BM 27/10/2010 17:37



oui chaque instant, chaque seconde....



Nikit@ 27/10/2010 23:37



No Comment ....